Hétérocentrisme et hégémonie blanche dans le jeu vidéo érotique

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Image 1 : Dos de la pochette du jeu Pocket Gal avec images et descriptifs
Image 1 : L'idée de cette article m'est apparue suite à l'arpentage de la page Internet Arcade — Nouvelle fenêtre, une collection présentant des jeux d'arcade anthologiques sur l'Internet Arcade. La proportion de jeux recourant à la nudité féminine m'a semblé suffisamment importante, parmi quantité de catégories du jeu vidéo, pour être relevée. Dans la catégorie des strip games (pocker, billard et j'en passe), j'ai vu passer le jeu Pocket Gal (Data East Corporation, 1987). Le jeu associe la victoire d'une partie de billard à l'effeuillage d'une jeune femme, ce qui est censé stimuler le joueur, on est donc sur un strip billard.
Image 2 : Pocket Gal : écran d'accueil du jeu
Image 2 : La pochette du jeu se veut pudique, bien que suggestive, mais dès l'écran d'accueil du jeu, on voit une bunny girl se déconfire à mesure qu'elle se dénude. Elle apparaît en fin de compte presque honteuse.
Image 3 : Pocket Gal : personnages féminins et étapes de déshabillage
Image 3 : Sur une capture présentant les (différents) personnages féminins (qui semblent produits en série), correspondant chacun à l'un des niveaux du jeu, on peut observer les différentes phases du déshabillage : les bijoux, ceintures et autres apparâts, puis les dessous, puis la nudité (partielle, on garde le bas quand même !), puis le clin d'œil invitant…
Image 4 : Visuel du jeu Excelsior avec images et descriptifs
Image 4 : Beaucoup de jeux ont fait du strip une finalité, il n'est plus question simplement d'apporter au juicy du jeu, mais d'en devenir le concept. On dit d'un game design qu'il est juicy dès lors qu'il prévoit un certain nombre de récompenses visuelles et/ou sonores, gratifiantes pour les joueureuses. Ci-dessus, Excelsior (Playmark, 1995) : un jeu où il faut défoncer une façade à la tronçonneuse, à la disqueuse, ou au marteau-piqueur, pour découvrir un corps (de femme, ou d'homme cette fois) sculptural.
Image 5 : Visuel du jeu Multi Champ Deluxe avec images et descriptifs
Image 5 : Ici, Multi Champ Deluxe (ESD, 1998). Des mini-jeux, toujours calqués sur le même principe : gagner dans le but de révéler une silhouette féminine dans une posture lascive.
Image 6 : Visuel des jeux Miss World 96 et Miss Mister World 96
Image 6 : Et enfin, dans la série retro gaming, il y a Miss World '96 (Comad, 1996). Le jeu réemploie les mêmes recettes que dans ses prédécesseurs, à savoir, résoudre une énigme pour faire apparaître une image érotique (issue de l'imagerie porno occidentale bien entendu), à la différence que les figures féminines empreintent l'effigie des Miss Mondes de l'époque. Ci-contre la version originale à gauche, une version remasterisée, supposée proposer des avatars masculins. À en juger l'intégration grossière des corps bodybuildés des mannequins hommes, le traitement qui leur est réservé ne pourra être que caricatural, fait à la hâte. J'avais trouvé un article Miss World 96 Arcade sur Game Cola — Nouvelle fenêtre à ce sujet.
Image 7 : Miss World 96 et Miss Mister World 96 : écrans de choix du personnage
Image 7 : L'écran de choix des personnages confirme cette suposition, à droite, on invite toujours les joueureuses à « Choisir leur fille préférée »
Image 8 : Miss World 96 et Miss Mister World 96 : mini-jeux en cours et image de fond semi-apparente
Image 8 : Les deux écrans partagent ici une certaine pauvreté esthétique, le même sort à été réservé à leurs graphismes : toute l'énergie a été placée dans le réalisme des corps, au détriment des jeux de premier plans, souvent assez laids, naïfs, et on ne peut, d'ici, pas juger de leur pertinence…
Image 9 : Capture d'une partie d'Adorable Crush
Image 9 : Qu'en est-il aujourd'hui ? En 2020 paraît Adorable Crush chez Mature Games. L'enjeu n'y ait pas tant de dévêtir une jeune personne mais plutôt d'entretenir une relation (sociale et romantique) avec elle, avec une créature irréelle (de par son caractère virtuel et de par le surréalisme de ses mensurations, la relation est d'ailleurs tout aussi virtuelle que le personnage courtisé mais on peut dire qu'elle est possible).
Image 10 : Personnage d'Adorable Crush assis au sol
Image 10 : C'est un Candy Crush Saga like, couplé à un dating sim (une simulation de rencontres). Gagner des points équivaut à gagner de l'affection. Cela passe par de petites phrases réconfortantes, aguicheuses, des mots doux flatteurs, mais aussi des cajôleries et des courbettes (des politesses et des poses, implorantes). Pour couronner le tout, la gravité joue en la faveur de votre œil voyeur : la poitrine des personnages pulse au rythme de leur respiration, leur galbe se met en mouvement pour pouvoir parfaitement être apprécié, jugez-en par vous même sur ce gif d'un personnage du jeu Adorable Crush — Nouvelle fenêtre.
Le voyeurisme pourrait être un autre vrai sujet, tant il est représentatif de la domination masculine occidentale. Tout voir, tout contrôler, contrôler la constance des corps et les dominer. Dominer aussi l'idée que l'on a des corps, corps forcément minces, musclés et dont la peau est forcément blanche.
Image 11 : Personnages du jeu Coming out on top alignés
Image 11 : Parmi l'océan des jeux blockbuster, il est certain que je n'ai pas assez cherché pour trouver des jeux à vocation érotique adressés à un public LGBTQI+, où mettant en scène (davantage voire exclusivement) des personnes racisées, ou incluant des protagonnistes ayant un handicap, ou des âges dépassant la juvénilité... Mais la première couche c'est ça... Et c'est assez constant dans le temps. Les scénarios sont toujours les mêmes, et ils sont tous du même ennui. En grattant un peu, je suis tombé sur Coming Out on Top (Obscurasoft, 2014). Le jeu vous fait incarner un jeune homme qui s'avoue progressivement son homosexualité, et la narration vous laisse la possibilité de vous éprandre de différents profils. Certains vous rendront malheureux et joueront avec vos sentiments, certains vous apporteront une stabilité matérielle et affective, mais la routine vous guette, etc. Si cette nouvelle graphique laisse plus de place pour donner de l'épaisseur à ces personnages, ils restent tous asujettis à une normalisation du corps, athlétique par défaut, et on peut regretter (encore) la sur-représentation blanche. Un article traite de la déception qu'a suscité le jeu auprès des communautés gays et noires : Critical Distance: Are queer and black voices being excluded from games? — Nouvelle fenêtre.
Image 12 : Coming out on top : scène de baiser
Image 12 : Je suis donc preneuse, pour toute trouvaille misant par exemple sur une fiction lesbienne, un casting exclusivement trans, ou une déconstruction du couple (pensée en tant que « structure à deux » ou remettant en cause sa necessité d'ailleurs) !
Image 13 : Scène du jeu At your feet où la cliente d'une pédicure se fait lécher le pied par une practicienne
Image 13 : EDIT : Depuis la création de cet article, j'ai trouvé sur la plateforme mainstream qu'est Steam une catégorisation Season of Pride 2021 — Nouvelle fenêtre, depuis laquelle trouver des jeux mettant en scène des personnages queers. À la volée j'y ai notamment vu Arcade Spirits — Nouvelle fenêtre par Fiction Factory Games, un dating sim LGBTQI+ dans le contexte d'une Uchronie (une projection dans un futur où le bug de l'an 2000 et le déclin du jeu d'arcade n'auraient pas eu lieu) et At your feet — Nouvelle fenêtre par le studio WinterWolves, un dating sim lesbien (précisément un lesbian foot fetish comedy dating sim) où vous incarnez Emma, l'employée d'un salon de pédicure qui tient pour secret non pas son orientation sexuelle et romantique mais son fétichisme des pieds.